François-Bernard Mâche
(Crédit photo : Guy Vivien-4bis)
- François-Bernard Mâche, né à Clermont-Ferrand en 1935 de parents musiciens, a mené une double carrière universitaire et musicale : Ecole Normale Supérieure (1955), Agrégation de Lettres Classiques (1958), Doctorat d’Etat ès Lettres (1980) ; et d’autre part, élève d’O.Messiaen au Conservatoire National Supérieur de Musique et membre fondateur du Groupe de Recherches Musicales de P.Schaeffer (1958).
- Il a élaboré une théorie et une méthode personnelles de composition, centrées autour des idées de modèle et d’archétype. Pionnier de l’application des données linguistiques à l’analyse et à la création musicales, il a écrit plusieurs ouvrages tels que Musique, mythe, nature (Klincksieck, 1983, 1991, ouvrage également traduit en anglais et en italien), Un demi-siècle de musique (L’Harmattan, 2000), Musique au singulier (Odile Jacob, 2001).
- Ses œuvres, au nombre de près de cent, allient fréquemment les haut-parleurs et les instruments acoustiques. Il a été invité à les présenter et à enseigner dans plus de vingt pays de tous les continents.
- Il a reçu en 1977 le prix Italia, en 1988 le grand prix national de la musique et en 2002 le grand prix de la musique symphonique de la Sacem.
- Après avoir dirigé pendant 10 ans le département de musicologie à l’Université de Strasbourg, il a été de 1994 à 1998 Directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Commandeur des Arts et Lettres depuis 1990, il a été élu membre de l’Institut en 2002, au fauteuil précédemment occupé par I.Xenakis.
- Une chronologie détaillée et catalogue sont consultables sur le site du CDMC http://www.cdmc.asso.fr/biographies...
A propos de Naluan
Texte de présentation écrit en 1974 par François-Bernard Mâche pour la présentation de l’œuvre au premier concert de l’Itinéraire :
- « Le mouvement de l’Histoire, comme on dit, s’est désormais accéléré à un tel point qu’on ne peut plus repérer en musique ni révolutions ni même successions de modes. Non seulement, depuis que toutes les limites ont été transgressées (celles de la tonalité, du tempérament, du bruit, de l’oeuvre etc.), l’histoire musicale ne suit plus aucune ligne, mais même le mouvement brownien des tendances, des modes, des traditions, échappe à toute perception. Le tourbillon s’immobilise donc à force de vitesse. L’entreprise "naturaliste" à laquelle se rattache Naluan propose ainsi le déchiffrement du réel sonore comme une tâche libératrice et inépuisable, après le véritable "degré zéro" que marque cette sorte de fin de l’Histoire musicale qui est intervenue entre 1960 et 1970.
- Bien que l’écoute du réel soit elle-même une attitude historique, illustrée par Monteverdi, Beethoven, Debussy, Messiaen, le fait nouveau que représente la disponibilité de ce réel sous forme d’enregistrement lui donne une tout autre portée. Il ne s’agit plus de transposer musicalement les bruits, il s’agit de révéler la musique déjà présente, toujours-déjà-là, comme disent les philosophes, dans le monde où nous vivons. Le compositeur se contente de la découvrir, et sa part d’invention peut se réduire aux moyens techniques les plus propres à souligner cette évidence musicale. Ultérieurement, la musique latente dans les sons "naturels" sera perceptible à chacun. Chacun sera poète et musicien, et il n’y aura plus besoin de com¬positeurs.
- Après avoir longtemps imité différents modèles sonores par des méthodes de transposition ou de transcription (par exemple des textes parlés sous forme de "phonèmes" instrumentaux dans Safous Mélè, 1959, La peau du silence, 1962, Le son d’une voix, 1964), j’ai inauguré une démarche à la fois complémentaire et opposée en 1969 avec Rituel d’oubli, en mêlant le modèle lui-même et son imitation instrumentale.
- Depuis 1971, avec Korwar, Temes Nevinbür et Rambaramb, trois oeuvres pour instruments et une même bande magnétique traitée comme une sorte de Cantus firmus, j’ai poursuivi cette pratique comparable à celle des peuples océaniens auxquels les titres sont empruntés (on appelle ainsi les crânes humains qui, une fois enduits d’argile et peints, sont à la fois sculptures et objets naturels).
- Dans Naluan (mot originaire de Malekula aux Nouvelles-Hébrides), je réalise de façon analogue un fidèle placage instrumental visant à confondre les catégories conventionnelles du brut et du musical. Les oiseaux, les insectes et les amphibiens que j’ai enregistrés, transcrits, et orchestrés, sont intégrés dans un tout sans subir eux-mêmes d’autre métamorphose que celle opérée par l’enregistrement ; et j’ai fait celui-ci de façon à les situer dans un espace partiellement abstrait, et aussi éloigné de l’impressionnisme tradi¬tionnel que du symbolisme de Messiaen.
- Dans d’autres oeuvres je peux sans doute me contenter d’enregistrements bruts, ce que j’avais appelé en 1960 des phonographies, mais ici la présence des instrumentistes a un double sens : d’abord affirmer l’identité profonde des musiques humaine et animales, car la musique, - c’est-à-dire la rencontre entre une pensée et des sons -, semble répondre finalement à une fonction biologique commune à l’homme et à plusieurs espèces animales ; et d’autre part prolonger avec de nouveaux moyens le geste primitif qui créa l’homme, lorsqu’il détermina sa relation au monde en soulignant le contour du rocher pour y déchiffrer son rêve, et lorsqu’il apposa sa main pour fixer ce rêve.
- Naluan est une oeuvre de 19 minutes pour bande magnétique et un ensemble de chambre comprenant huit instrumentistes. Elle est dédiée à l’Ensemble XXème siècle, qui en a fait la création à Baden-Baden le 28 février 1974. »
- F-B.Mâche

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